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Harcèlement scolaire : et si le problème, c’était le témoin silencieux ?

Il y a quelques jours, ma fille est rentrée de l’école avec une histoire qui semblait anodine. Une chanson entraînante que Lucas chantait à Hugo. « Où t’es papa, où t’es ? » Sauf qu’Hugo n’a plus son papa depuis l’année dernière. Et que ça dure depuis le début de l’année. Il s’agissait bien de harcèlement scolaire mais impossible pour elle de mettre des mots sur ce qu’elle avait vu.

Ce qui m’a arrêtée net, c’est que ma fille m’a dit :  « Moi aussi j’aurais bien voulu la chanter. » Je comprend qu’elle veuillent la chanter mais je lui ai expliqué que cela ne se faisait pas face à un camarade qui lui même à perdu son papa. Elle n’est pas méchante, elle n’avait pas toute les informations sur l’historique d’Hugo mais elle n’a quand même pas agit quand elle a vu que celui-ci était blessé par le comportement de Lucas et ce depuis des mois.

Le rôle dont personne ne parle : le témoin

On parle beaucoup de la victime. On parle du harceleur. Mais le témoin — celui qui voit, qui sait, et qui ne fait rien — est le maillon invisible de la chaîne.

Et pourtant, la recherche est formelle : le harcèlement survit grâce aux témoins passifs. Lucas a pu chanter pendant des mois parce que personne autour de lui n’a dit stop. Pas par malveillance — mais par conformité sociale, par peur du groupe, ou simplement parce que le cerveau d’un enfant de 10 ans ne fait pas encore automatiquement le lien entre « je sais que c’est mal » et « j’agis maintenant, dans cet instant précis ».

C’est développementalement normal. Ça ne veut pas dire qu’on ne peut rien faire.

Comment lui faire comprendre ce qu’Hugo ressent vraiment

Les explications abstraites ne fonctionnent pas. « C’est du harcèlement », « c’est cruel » — ces mots glissent sur un enfant de 10 ans.

Ce qui fonctionne, c’est ancrer l’émotion dans son propre vécu.

J’ai posé la question à ma fille : « Imagine que ton petit frère vienne de mourir. Et qu’un enfant à l’école te chante une chanson sur lui, tous les jours depuis septembre. »

Elle a compris. Immédiatement. Pas avec la tête — avec le ventre.

C’est ça, l’empathie réelle : ne pas expliquer la douleur de l’autre, mais créer le pont vers une douleur qu’on connaît soi-même.

Ce qui aide vraiment : une phrase dans le corps, pas une leçon dans la tête

Voilà ce que j’ai appris avec ma fille, qui est TSA/TDAH comme moi : inutile de répéter 50 fois une valeur abstraite. Ce dont elle a besoin, c’est d’une réponse automatique ancrée avant que la situation arrive.

On a joué la scène ensemble. J’ai fait Lucas. J’ai chanté. Et elle a répété plusieurs fois à voix haute, jusqu’à ce que ça soit dans son corps :

« Lucas, arrête. C’est pas drôle. »

Pas de grand discours. Pas de punition. Une phrase courte, neutre, répétée comme on répète un bonjour. Parce que dans le moment, c’est ce qui sort — ce qu’on a déjà mis dans la bouche.

📚 Les livres pour continuer la conversation

Dès 6 ans

  • Le petit pianiste – Une aventure musicale et touchante sur le harcèlement scolaire – Album avec audio dès 5 ans Depuis que ses camarades le surnomment  » L’idiot « , Pierrot ne parle plus. Alors qu’il est à la porte de sa voisine, il entend une jolie mélodie : c’est Martha qui joue du piano. C’est ainsi qu’il rencontre cette grand-mère qui n’a pas la langue dans sa poche et qui a un faible pour les pâtisseries.

  • Gaston – Je ne me laisse pas faire A l’école Gaston adore jouer avec ses copains. Mais parfois, quand certains jeux dérapent, Gaston ne rit plus du tout. Même avec ceux qu’on aime il faut apprendre à dire « non », à fixer ses limites.

  • RougeJan de Kinder Une petite fille mal à l’aise face au harcèlement collectif, avec toutes les hésitations qui se bousculent dans sa tête. Le livre pour les témoins. Court, visuel, immédiatement parlant.

  • Stop au harcèlementIsabelle Filliozat  Six histoires en BD avec trois réactions possibles après chaque situation. Idéal à lire ensemble, en faisant des pauses pour en parler.

  • Lili est harcelée à l’école  Valentine et ses copines ont trouvé un nouveau jeu : se moquer de Lili et l’humilier. Ce livre parle du harcèlement à l’école, de la violence des mots. Il montre qu’il faut en parler et ne pas se laisser faire. Faire souffrir, ce n’est pas un jeu !

  • MES P’TITES QUESTIONS – Le Harcèlement – des 7 ans   Cela répond de façon simple et claire à de vraies questions d’enfants, recueillies lors d’interventions scolaires, pour les aider à identifier, comprendre et réagir face au harcèlement.

  • HARCELES HARCELEURS Dr Catherine Dolto Les histoires de harcèlement nous apprennent beaucoup sur l’envie de faire du mal et l’agressivité qui sont cachées dans le coeur de tous les humains, même ceux qui sont gentils. Il y a des moments où c’est le pire qui s’exprime. Avoir été harceleur ou avoir été harcelé, c’est toujours une chose grave. Savoir le reconnaître en nous, ça fait grandir.

  • Un renard dans mon école de Olivier Dupin Une histoire pour parler du harcèlement scolaire avec un enfant et donner un message clair : une seule solution pour arrêter un renard, briser le silence.

Dès 9 ans

Dès 10-11 ans

  • WonderR.J. Palacio
    Le classique absolu. Auggie entre au collège avec une malformation au visage. Un livre qui a changé la vie de millions d’enfants — et de leurs parents. À lire ensemble si vous pouvez.
  • Agir contre le harcèlement — J’ai tout compris Agnès Barber
    Pour comprendre les mécanismes quel que soit son rôle : victime, témoin ou harceleur. Très concret, très actionnable.

Pour les parents

Les livres d’Emmanuelle Piquet — psychologue fondatrice du C-Sco, sa méthode redonne à l’enfant son pouvoir d’action plutôt que de tout gérer à sa place.

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Ce qu’on peut faire, nous les parents

Pas besoin d’être psychologue. Quelques choses simples :

Croire — un enfant qui dit qu’il est malheureux à l’école mérite d’être cru, pas rassuré trop vite.

Ne pas minimiser« c’est des bêtises d’enfants » ferme la porte.

Poser la bonne question — pas « qu’est-ce que tu aurais dû faire ? » mais « toi, qu’est-ce que tu voudrais faire pour Hugo ? ». Ce qui vient de l’enfant a toujours plus de poids que ce qu’on lui impose.

Jouer la scène — répéter une phrase concrète ensemble, avant que ça arrive. Comme un entraînement.

Un mot pour finir

Ma fille n’est pas un bourreau. Elle est une enfant de 10 ans qui n’avait pas encore les mots ni les outils. Notre travail, c’est de les lui donner — pas par la punition, mais par la compréhension et l’entraînement.

Parce qu’un enfant qui sait quoi dire dans ces moments-là, c’est un enfant qui peut faire la différence pour un Hugo, quelque part dans une cour de récréation.

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